Mise au point de Mgr Guigbile sur l’église Catholique à Dapaong et la culture Moba

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Chers internautes, La présente mise au point n’est pas une réponse aux messages calomnieux et diffamatoires qui circulent depuis hier sur les réseaux sociaux à l’encontre de l’Eglise catholique qui est à Dapaong, encore moins une volonté d’engager un quelconque débat avec leurs auteurs anonymes.

En lisant ces messages, si j’y avais découvert un brin de bonne foi, de bon sens et de sens de responsabilité de leurs auteurs – qui se sont évaporés malhonnêtement dans l’anonymat –, avant tout, je les aurais sincèrement remerciés pour avoir eu au moins le mérite d’exprimer un réel besoin : celui d’éclairer, non seulement leur ignorance sur l’engagement de l’Eglise catholique en matière de dialogue interculturel, mais aussi sur leurs connaissances limitées à propos de l’initiation malkond qu’ils prétendent défendre.

Mais on ne peut pas remercier  un être qui n’a pas de visage.  Cependant, étant donné que de personnes de bonne foi ont reçu ces messages et auraient souhaité entendre la voix de l’Eglise sur ce thème, je vais donner suite à leur légitime attente. Je remercie ceux qui m’ont transféré ces messages en sollicitant mon éclairage pour les rassurer, ainsi que ceux qui ont été troublés, dans leur amour pour notre précieux héritage commun qu’est la culture moba, par ces propos irresponsables. 

Fidèle à l’enseignement de l’Eglise catholique qui « ne rejette rien de ce qui est vrai et saint » dans les religions et les cultures des peuples, le diocèse de Dapaong considère avec un respect sincère la culture et les traditions locales (Nostra Aetate, n°2).

 Aussi, je tiens à préciser ce qui suit :

Tout d’abord, il faut savoir que la culture d’un peuple est un patrimoine commun à tous ses membres.  Par conséquent, les fidèles catholiques de Dapaong, en se servant « dans leurs églises de nos chansons traditionnelles mélodieuses et pleines de symphonie », ne « s’accaparent » pas de quelque chose qui leur est indu. Ils usent simplement de ce qui leur appartient de droit. Ce faisant, « ils ne veulent pas étouffer notre culture dans l’œuf » ; bien au contraire, ils contribuent à la valoriser.  

 Il est absolument absurde et ridicule d’accuser les prêtres du diocèse de Dapaong de s’acharner « à faire disparaitre coûte que coûte notre culture à cause de sa richesse ». En effet, tous ceux qui s’intéressent aux Moba savent que personne, mieux que les prêtres, ne contribue à la sauvegarde, à la promotion et la pérennisation de leur culture.

 Pour s’en convaincre, il suffit de consulter le répertoire des recherches et des publications qui ont été faites sur ce peuple. Plus de deux tiers de leurs auteurs sont des prêtres ou des chrétiens catholiques. Sans citer ce que les autres confrères prêtres ont publié sur les Moba, moi qui vous écrit, sans fausse humilité, j’ai à mon actif, sur la culture africaine en général et sur celle des Moba en particulier, dans leur rapport avec la foi chrétienne :  • 1 thèse :  – Le culte des ancêtres et le culte des saints chez les Moba du Nord Togo, 2001  • 4 Livres :  – Vie, mort et ancestralité chez les Moba du Nord Togo, 2002 – Initiation à l’anthropologie sociale et culturelle en vue de l’inculturation, 2014 – Initiation à l’inculturation du message évangélique dans le contexte africain, 2015 – La vie consacrée en Afrique face aux mutations socioculturelles mondiales, 2016 • 4 Mémoires :  – Initiation traditionnelle des garçons en pays moba. Quelle valeur pour la catéchèse aujourd’hui ?, 1992 – Initiation traditionnelle et initiation chrétienne. Recherche-Action chez les moba du Nord Togo, 1997 – Devenir homme chez les Moba du Nord Togo. Etude du rite malkôt d’initiation des garçons, 1998 – Le Dieu destinataire du culte des ancêtres, chemin vers la connaissance du Dieu de Jésus-Christ, 1998 • de nombreux articles sur les Moba, leur culture, leur religion, leurs rites, etc. 

Quant aux allégations selon lesquelles « Le Seigneur Jésus-Christ a vécu dans la culture juive, a été circoncis le 7e jour comme le recommande cette culture, a mené à bien la mission à lui confié ! Rien ne lui en a empêché » (sic), elles témoignent d’une piteuse méconnaissance des Saintes Ecritures, de la saine doctrine de l’Eglise et par conséquent de la personne même de Jésus. Savez-vous que l’opposition de Jésus aux pratiques culturelles et religieuses juives fait partie des raisons pour lesquelles il a été condamné à mort ?

 Le chapitre 5, 20-48 de l’Evangile selon saint Matthieu est une belle synthèse des différentes prises de position radicales de Jésus contre certaines coutumes juives. Ces oppositions sont toutes introduites par la phrase : « vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens :…. Eh bien moi, je vous dis :… ».  Cela signifie que la conversion au Christ entraine nécessairement des ruptures avec certaines pratiques culturelles et religieuses traditionnelles. C’est le cas du rite d’initiation malkond qui comporte bien des éléments incompatibles avec la foi chrétienne. Bien entendu, en matière d’inculturation, cette forme d’initiation, à travers quelques éléments bien discernés, peut constituer une pierre d’attente pour une meilleure compréhension du moba sur l’initiation chrétienne qui, pour un chrétien convaincu est éminemment élevée que n’importe quelle initiation traditionnelle. Par conséquent, les chrétiens n’ont rien à y chercher. Espérant que cette mise au point aura suffi à apaiser celui qui se présente comme « un fidèle catholique révolté », et à dissiper le trouble qu’il a jeté dans l’esprit des personnes de bonne foi, je dis à toutes et à tous ma disponibilité, ainsi que celle de tous les prêtres du diocèse de Dapaong à vous éclairer davantage.  Bon temps de carême pour de joyeuses fêtes pascales.  Bien fraternellement dans le Seigneur et à son service

 Fait à Dapaong, le 12 mars 2019 

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