Invité de 24heureinfo– Professeur Alioune Sall : « un camion empruntant le corridor Dakar-Bissau est contrôlé 38 fois, 27 fois sur le corridor Ouaga-Lomé…»

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Directeur  de l’Institut des futurs africains (IFA), expert Économie, Politique & société, Institutions et gouvernance,  professeur Alioune Sall recommande aux Etats membres de l’UEMOA,  la  « volonté » pour  traduire dans les faits,  les fondamentaux de la libre circulation des biens et des personnes. Invité de 24heuerinfo, le Sénégalais titulaire d’un doctorat en sociologie à l’Université Paris 8 et auteur de plusieurs ouvrages  donne son point de vue sur les défis que les Etats de l’UEMOA doivent relever dans leur marche  vers l’intégration sous régionale.  

Intégration  en  Afrique,  un résultat mitigé

 Pour l’Universitaire, le bilan de l’intégration-une marche-  en Afrique est  mitigé.  Pour deux raisons : les exportations intra-régionales sont faibles et les progrès  suivant les régions  sont inégaux.  En 2017, la part des exportations intra –régionales dans les exportations totales était de 16,6% en Afrique, contre 68,1 % en Europe,  59,4% en Asie, 55% en Amérique et 7% en Océanie.  Selon le dernier rapport  sur l’état de l’intégration sous-régionale en Afrique  publié en octobre 2017, seuls trois des 8 communautés économiques régionales ont crée  une zone de libre-échange et une union douanière  à savoir la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest), la CAE (Communauté d’Afrique de l’Est)  et  le COMESA ( Marché commun de l’Afrique orientale et austral). Et sur la question de libre circulation des biens et des personnes, seuls sept pays sur 15 de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe)  l’appliquent effectivement contre  15 sur 15 dans la CEDEAO, 4 sur 11 dans la CEEAC (Communauté économique des États de l’Afrique centrale) et 3 sur 5 dans la CAE et au sein de l’UMA.

Au niveau sous-régional

Le commerce intra régional reste encore à un niveau faible. Selon la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement), le commerce intra régional ne représentait en 2015 que, 10% de l’ensemble des échanges commerciaux des 15 Etats de la CEDEAO contre 20,7% pour la SADC, 10% pour la CAE, 7% pour le COMESA et 2,1% pour la CEEAC.

Dans l’EUMOA, les échanges intracommunautaires, même si elles ont doublé en volume en 10 ans, entre 2006 et 2016, ne se situe qu’à 11, 6% du total des échanges commerciaux de la zone, niveau nettement inférieur à l’objectif de 25% fixé par le programme régional de développement des échanges commerciaux dans l’espace UEMOA.

  Les causes de ce résultat non satisfaisant sont liées aux contrôles excessifs et aux prélèvements irréguliers sur les axes routiers. « Chaque camion est contrôlé en moyenne 20 fois par voyage, soit 7 fois plus que la norme communautaire  qui est de 3 postes de contrôle par corridor, ou 2 postes de contrôle  sur 100 km ,  souligne le professeur. A titre d’exemple, un camion empruntant le corridor  Dakar-Bissau est contrôlé 38 fois, 27 fois sur le corridor Ouaga-Lomé et 26 fois sur celui de Bamako-Dakar via Diboli ».  Ce fait, entraîne  des taxes illicites prélevés par camion et par voyage. En 2017, sur le corridor Dakar –Bissau  c’est un total de 101 000 F Cfa qui a été perçu contre 59 925 F Cfa sur le corridor Bamako-Ouaga via Hérémakono et 49 630 sur l’axe Abidjan-Bamako.

 Des  approches de solutions

En matière  de gouvernance politique, les Etats doivent éviter des crises politiques répétitives. « Beaucoup de régime s’apparentent à des « démocratures » comme disait Pius Njawe, assène le professeur. Beaucoup d’efforts  doivent être faits pour éviter que les processus électoraux n’entrainent  des situations de crises préjudiciables à la paix sociale et à l’activité économique ». Le professeur conseille face aux  défis du terrorisme,  aux Etats de procéder autrement dans l’érection  des barrières pour des contrôles  de sécurité. « Les ressources humaines, financières et matérielles mobilisées pour y faire face et les entraves à la libre circulation qu’ils occasionnent sont autant de contraintes à l’intégration régionale et au développement », rappelle-t-il.

Par ailleurs, souligne Le Professeur Alioune SALL de la Faculté des Sciences juridiques et Politiques de l Université Cheikh Anta DIOP de Dakar, les Etats doivent aussi, faire des efforts sur le développement des infrastructures, de transports, de communication et de l’énergie. Il s’agit d’un « impératif », affirme-t-il,  pour faciliter  les échanges commerciaux et faciliter la compétitivité de l’espace économique de l’UEMOA. Un cocktail de solutions, qui mises en  en œuvre devraient accélérer la libre circulation des personnes et des biens et une meilleure intégration dans l’espace à huit Etats, a-t-il souligné à 24heureinfo.

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