Afrique

Guinée-Bissau : des défenseurs des droits de l’homme appellent la CEDEAO à sanctionner les putschistes

Des organisations de défense des droits de l’homme en Afrique de l’Ouest ont appelé la CEDEAO à agir « sans délai » face à la dégradation de la situation politique en Guinée-Bissau. Dans une déclaration conjointe publiée le 21 janvier 2026 à Dakar, elles demandent à l’organisation sous-régionale d’imposer « d’urgence des sanctions individuelles et collectives » contre les auteurs civils et militaires de l’usurpation du pouvoir.

Les signataires exigent également la création des conditions nécessaires à la prise de fonction immédiate du président démocratiquement élu, Fernando Dias da Costa, dont la victoire électorale n’a toujours pas été proclamée.

Plus d’un mois après le Sommet des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, tenu le 14 décembre 2025 à Abuja, les organisations déplorent l’absence totale de progrès concrets dans l’application des résolutions adoptées. Dans le même temps, elles constatent une aggravation de la crise politique et sociale, consécutive au coup d’État du 26 novembre 2025, attribué à Úmaro Sissoco Embaló et à un cercle de chefs militaires, dans le but d’empêcher la proclamation des résultats électoraux.

Dans son communiqué final, la CEDEAO avait pourtant reconnu la validité du scrutin, rejeté toute transition militaire, exigé le retour des militaires dans leurs casernes et demandé la libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers politiques. Des décisions qui, selon les défenseurs des droits humains, restent largement inappliquées.

Violations graves des droits humains

Selon la déclaration, les détentions arbitraires, les agressions, les enlèvements et les actes d’intimidation se multiplient à l’encontre de citoyens, de responsables politiques, de militants des droits humains, de journalistes et d’analystes politiques, souvent sous couvert d’« ordres supérieurs ». Ces pratiques constituent, selon les signataires, de graves violations de la Constitution, du Protocole de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance et des résolutions du Sommet d’Abuja.

Plusieurs personnalités restent détenues sans conditions minimales de respect des droits humains, parmi lesquelles Domingos Simões Pereira, président de l’Assemblée nationale populaire et leader du PAIGC, ainsi que l’avocat et analyste politique Augusto Nasambé.

Les organisations dénoncent également les atteintes à la liberté d’expression, notamment la tentative du 8 janvier 2026 du Haut Commandement militaire d’interdire les conférences de presse sans autorisation préalable. Elles évoquent par ailleurs des actes de violence graves, dont l’agression mortelle d’un jeune homme à Bissau par des individus en uniforme et la répression violente d’une veillée pacifique réclamant la libération des détenus.

Appel à des sanctions immédiates

Les signataires estiment qu’Úmaro Sissoco Embaló demeure le principal instigateur du coup d’État et continue d’influencer les autorités de facto, citant notamment la présence de ses portraits dans les bâtiments officiels et la nomination de proches à des postes stratégiques de l’administration.

Ils s’inquiètent également de l’inaction de la CEDEAO, notamment après la visite à Bissau, le 10 janvier, d’une délégation de haut niveau du bloc régional, qui s’est achevée sans communication officielle. Une situation qui, selon eux, affaiblit la crédibilité de l’organisation.

Face à ce qu’ils qualifient de risques majeurs d’instabilité politique, sociale et économique, les défenseurs des droits humains exhortent la CEDEAO à imposer des sanctions immédiates, et appellent la communauté internationale, notamment l’Union africaine, les Nations unies, la CPLP et l’Union européenne, à adopter des mesures fermes et coordonnées pour défendre la volonté souveraine du peuple bissau-guinéen.

La déclaration a été signée par plusieurs organisations de la société civile d’Afrique de l’Ouest, dont Afrikajom, la Ligue sénégalaise des droits de l’homme, Raddho, Africtivistes, le Front populaire de Guinée-Bissau, ainsi que des réseaux de défense des droits humains du Ghana et de la Gambie.

Lire aussi-Union africaine : les sanctions levées contre la Guinée après la présidentielle

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