
« Ananas Warba », « Café Rhum », « Alomo »… Malgré leur interdiction, ces boissons alcoolisées conditionnées en sachets plastiques restent omniprésentes dans les marchés, boutiques, bars et cabarets à Lomé et ses environs. Leur consommation continue d’alimenter un commerce informel florissant, tout en suscitant de vives inquiétudes sanitaires.
Importés principalement du Cameroun et du Nigeria, ces alcools à bas prix sont accessibles à toutes les bourses. Pour seulement 100 francs CFA, il est possible de se procurer un sachet. Jeunes, élèves, étudiants, conducteurs de taxi-moto ou encore travailleurs précaires figurent parmi les principaux consommateurs ciblés.
Une consommation banalisée dans l’espace public
Faciles à dissimuler et à consommer, ces sachets s’ouvrent d’un simple coup de dents. Sur les chantiers, dans les ateliers ou aux abords des gares routières, ils sont consommés rapidement, parfois avant la reprise du travail.
À Sagbado, en périphérie de Lomé, certains consommateurs assument pleinement leur usage. Pour eux, ces boissons représentent une alternative économique face à la cherté des alcools conventionnels. D’autres, comme dans les maquis de Ségbé, reconnaissent les risques mais évoquent les difficultés de la vie quotidienne comme facteur de refuge.
Le phénomène touche également les milieux scolaires. Selon plusieurs témoignages, des élèves consomment discrètement ces produits, notamment pendant les récréations ou lors d’événements, ce qui accentue les inquiétudes des parents et enseignants.
Une composition opaque et potentiellement dangereuse
D’après le Dr Tobossi Kponou Mathieu, spécialiste en biochimie et nutrition clinique, la dangerosité de ces boissons réside dans leur composition peu contrôlée. Elles contiennent généralement de l’éthanol à forte concentration, mélangé à une eau d’origine incertaine, ainsi qu’à des arômes artificiels, colorants et sucres.
« Le consommateur ignore ce qu’il boit réellement, l’étiquetage étant souvent inexistant ou incomplet », alerte-t-il.
Une interdiction peu respectée
Au Togo, un arrêté ministériel du 24 octobre 2019 interdit la production, l’importation et la commercialisation de ces boissons en sachet plastique. Pourtant, elles continuent d’inonder les marchés.
Le directeur général du Commerce, Talime Abé, a récemment dénoncé leur introduction clandestine sur le territoire, lors d’opérations de saisie menées dans plusieurs marchés de Lomé. Ces produits, selon lui, ne respectent aucune norme d’hygiène et représentent un danger réel pour les consommateurs.
Pour le Dr Kossi Ahadji, le phénomène dépasse la seule question sanitaire : « C’est un problème social et économique. Là où il y a pauvreté et chômage, ces produits prospèrent ».
Des effets trompeurs mais destructeurs
Dans les milieux populaires, ces alcools sont souvent perçus comme des stimulants donnant force, courage ou endurance. Une perception que réfute le Dr Jean-Claude Bakpatina : « Il s’agit d’une illusion. L’alcool modifie la perception mais épuise l’organisme à moyen terme ».
Le psychologue Zinsou Selom Degboe évoque même un effet placebo, lié à des mécanismes d’autosuggestion et à la libération de certaines substances dans le cerveau.
Des conséquences graves pour la santé
Les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme. Ces boissons, parfois surnommées « la mort en plastique », peuvent entraîner des troubles gastriques, des intoxications, des maladies du foie, de l’hypertension ou encore des cancers.
Le cardiologue Efadzi Koffi Ehlan souligne également les risques cardiovasculaires, notamment les troubles du rythme cardiaque pouvant conduire à des accidents vasculaires cérébraux.
Sur le plan mental, les risques sont tout aussi préoccupants : troubles de la mémoire, difficultés de concentration, voire développement du syndrome de Korsakoff dans les cas les plus graves.
Un facteur aggravant des accidents de circulation
L’ivresse liée à ces boissons est également impliquée dans de nombreux accidents de la route. Altération des réflexes, baisse de vigilance et mauvaise perception des distances figurent parmi les principaux dangers pour les conducteurs.
Un défi multidimensionnel
Au-delà de l’interdiction, les experts appellent à une approche globale. Sensibilisation, éducation, lutte contre la pauvreté et renforcement des contrôles sont autant de leviers nécessaires pour freiner ce fléau.
Pour le Dr Damien Ekoué-Kouvahey, président de la Fédération togolaise des maladies non transmissibles, il est urgent d’intensifier les campagnes d’information dans les écoles, les lieux de culte et les médias.
Le combat contre les whiskies en sachet s’inscrit ainsi dans une problématique plus large, mêlant santé publique, précarité économique et responsabilité collective.
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