
Gerry Taama, ancien président du Nouvel Engagement Togolais (NET), revient sur son parcours politique et dresse un constat sans appel sur la situation du pays. Engagé très tôt, il a créé en 1992 l’« Association des élèves pour le renouveau » au CEG de Siou. L’année suivante, il soutient Jacques Amouzou lors de l’élection présidentielle, puis représente Edem Kodjo dans les bureaux de vote au titre de l’UTD en 1994. Même pendant la courte parenthèse militaire, son intérêt pour la politique ne s’est jamais éteint.
Pour lui, le fossé entre le gouvernement et la population n’a jamais été aussi profond. Selon son analyse, peu importent les actions entreprises par le Parti au pouvoir ou ses ministres : elles n’ont plus d’impact sur les citoyens. L’espoir d’un lendemain meilleur a quitté les Togolais. La 5ᵉ République, selon l’ancien président du NET, a scellé l’impossibilité d’une alternance politique, figé l’avenir et instauré une indifférence générale.
« Nous avons lutté et perdu. La reddition est complète, sans condition », écrit-il. Les partis politiques ont été systématiquement affaiblis, les syndicats décapités, et presque toutes les libertés publiques restreintes. Le pays est devenu « un pays des ombres, où les consciences se sont atrophiées et les identités effacées ».
Cette résignation se traduit par une indifférence totale : « Nous avons touché le fond et plus rien n’a de l’importance. Plus rien ne peut nous surprendre ni nous permettre d’espérer. Vingt années sont passées sans résultat tangible, et vingt années peuvent encore passer. Yafoyi ! Cabri mort n’a plus peur de couteau », écrit-il avec ironie.
Pourtant, la vie continue. Les brasseries tournent à plein régime, le mil pousse pour le tchouk et les palmiers grandissent. Dans ce paysage de désolation politique, ces éléments de survie constituent, selon lui, les rares points d’ancrage : « Comment tiendrions-nous autrement ? »
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