Karité au Togo : à Kara, la campagne s’ouvre sur fond de bataille pour la transformation locale

La noix de karité vaut désormais au moins 300 FCFA le kilogramme au bord champ. À Kara, le lancement de la campagne 2026-2027 remet au premier plan les enjeux de prix, d’approvisionnement et de transformation locale d’une filière qui pèse plusieurs dizaines de milliers de tonnes chaque année.
À Kara, le karité n’est pas seulement une noix à vendre. Derrière les sacs qui quittent les zones de production se joue aussi une bataille pour capter davantage de valeur au Togo. C’est dans ce contexte que la campagne 2026-2027 de commercialisation de la noix de karité brute et de ses dérivés a été officiellement lancée, le 2 octobre 2026, à la Maison des jeunes de Kara.
La cérémonie, présidée par Talime Abe, Directeur général du Commerce au ministère de l’Économie et de la Veille stratégique, représentant le ministre Badanam Patoki, a réuni les représentants de l’administration, le Conseil interprofessionnel de la filière karité du Togo (CIFKAT) et les différents acteurs du secteur.
300 FCFA, le nouveau seuil
Premier chiffre à retenir de cette nouvelle campagne : 300 FCFA le kilogramme bord champ. C’est le prix plancher fixé pour l’achat de la noix de karité brute.
Mais derrière ce montant se trouve surtout la volonté d’encadrer davantage une commercialisation longtemps confrontée aux questions de transparence, d’organisation et de partage de la valeur.
Le Togo estime sa production à environ 45 000 tonnes de noix brutes par an. Une partie importante de cette production doit désormais alimenter prioritairement les unités de transformation installées dans le pays.
Les besoins des transformateurs locaux sont évalués à 31 000 tonnes. Un moratoire est donc prévu pour leur permettre de sécuriser leurs approvisionnements avant que les volumes disponibles en surplus ne soient orientés vers les marchés extérieurs.
Le marché extérieur attendra
Le choix est clairement affiché : donner d’abord de la matière aux transformateurs locaux.
L’accord interprofessionnel signé avec le CIFKAT organise cette priorité et cherche à éviter que la production nationale ne parte trop rapidement vers l’extérieur alors que les unités locales peinent à couvrir leurs besoins.
L’enjeu est économique. Transformer davantage au Togo permet de conserver une part plus importante de la valeur créée par le karité, au lieu de limiter les retombées à la seule commercialisation de la matière première.
Les paiements désormais sous surveillance
La campagne 2026-2027 introduit également des mécanismes destinés à rendre les transactions plus lisibles.
La traçabilité des paiements figure parmi les dispositions retenues. Une contribution interprofessionnelle doit par ailleurs contribuer au financement des actions de structuration de la filière, du contrôle de la qualité et de la formation des acteurs.
Les éventuels désaccords entre professionnels devront, eux aussi, suivre une procédure définie. Un délai de 15 jours francs est prévu pour la médiation avant d’éventuelles autres démarches.
Le karité face au défi environnemental
La production ne peut cependant pas être dissociée de la préservation de la ressource.
Le gouvernement entend poursuivre les actions de protection du parc à karité et renforcer les campagnes de reboisement dans les zones productrices. Un enjeu qui devient d’autant plus important que l’activité dépend directement de la disponibilité des arbres et de la capacité des communautés à préserver leur environnement.
À Kara, le Secrétaire général du Gouvernorat, Gnigbangou Gountibote, représentant le Gouverneur de la région, a pris part aux travaux aux côtés des responsables des ministères concernés, du CIFKAT et des professionnels.
Transformer davantage, gagner davantage
Pour les acteurs de la filière, la nouvelle campagne doit surtout permettre de franchir un cap.
Améliorer la qualité des noix, renforcer les capacités des producteurs, faciliter l’accès au financement et moderniser les équipements de transformation sont autant de défis identifiés.
Car l’enjeu dépasse le simple prix bord champ. Il s’agit aussi de savoir combien de valeur le Togo parvient à conserver après la récolte.
La campagne 2026-2027 s’ouvre ainsi avec une équation claire : mieux organiser la collecte, sécuriser les approvisionnements des transformateurs et accroître la transformation locale. À Kara, le premier signal est désormais donné. Reste à savoir comment ces engagements se traduiront concrètement sur le terrain, auprès des producteurs et des unités de transformation.








