Société

Togo : Pourquoi la presse en ligne peine-t-elle à être rentable ? Les vérités du journaliste Elisée Rassan

Pourquoi la majorité des médias en ligne togolais peinent-ils encore à devenir des entreprises rentables malgré leur multiplication exponentielle ces dernières années ? C’est le pavé dans la mare qu’a jeté le journaliste de l’Agence togolaise de presse (ATOP), Elisée Rassan.

À travers son mémoire de Master professionnel en Journalisme et technologies numériques, soutenu ce vendredi 10 juillet 2026 à l’Institut des sciences de l’information, de la communication et des arts (ISICA) de l’Université de Lomé, l’impétrant a disséqué les fragilités d’un secteur en pleine mutation. Son travail, intitulé « Modèle économique de la presse en ligne au Togo », enrichi d’une réalisation audiovisuelle, lui a valu la mention Bien.

Le jury était composé du Professeur Napo Gbati (président), du Dr Amekudji Anoumou (examinateur) et du Dr Gnane Napo Mouncaïla (directeur de mémoire).

Un diagnostic sans concession : 67 % des médias naviguent à vue

Pour dresser cette radiographie, le journaliste a mené une enquête approfondie auprès de 60 médias en ligne, tous officiellement reconnus par la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC). Les chiffres clés issus de ses recherches mettent en lumière un secteur dynamique mais structurellement vulnérable :

  • Absence de business model : 67 % des médias interrogés fonctionnent sans véritable modèle économique formalisé, traduisant un lourd déficit de planification financière et de professionnalisation.

  • Dépendance précaire : Plus de la moitié des organes tirent l’essentiel de leurs ressources des reportages facturés (« couvertures médiatiques ») et de partenariats institutionnels ponctuels. La publicité digitale classique rapporte peu, et les abonnements payants sont quasi inexistants.

  • Le gouffre financier : Seul un quart (25 %) des médias étudiés parvient à couvrir entièrement ses coûts de fonctionnement. La moitié ne les couvre que très partiellement, tandis que le dernier quart stagne en situation de déficit chronique.

Les blocages : Trop de généralistes, pas assez d’audiovisuel

L’étude d’Elisée Rassan pointe du doigt plusieurs obstacles structurels qui bloquent l’émancipation financière des éditeurs togolais. Le marché publicitaire local reste très étroit, l’audience globale est faible et la concurrence s’avère féroce.

De plus, le paysage souffre d’un manque cruel d’innovation éditoriale. Plus de 80 % des médias togolais restent ancrés dans le modèle exclusivement textuel (écrit), délaissant les contenus audiovisuels (vidéos, podcasts) pourtant plébiscités par les internautes. Enfin, la forte domination des sites généralistes sature l’offre et empêche l’émergence de médias de niche (économie, santé, technologies), qui sont pourtant les seuls capables de capter des audiences cibles et des annonceurs spécifiques.

Quelles pistes pour sauver la presse numérique togolaise ?

Face à ce constat alarmant, le lauréat de plusieurs distinctions journalistiques (notamment en civisme fiscal et lutte contre la corruption) ne se contente pas de critiquer ; il trace des pistes de solutions concrètes :

  1. Structurer les rédactions en véritables entreprises de presse managées de façon moderne.

  2. Diversifier les sources de revenus pour ne plus dépendre du seul « publi-reportage ».

  3. Investir massivement dans l’audiovisuel et les formats natifs numériques.

  4. Se spécialiser dans des niches éditoriales à forte valeur ajoutée.

  5. Solliciter un accompagnement accru des pouvoirs publics et des partenaires techniques.

« La presse en ligne togolaise est dynamique, mais sa pérennité dépendra de sa capacité à construire des modèles économiques plus innovants, plus diversifiés et plus durables », conclut opportunément Elisée Rassan.

Une contribution académique et empirique majeure qui devrait servir de guide à toute la corporation des professionnels des médias numériques au Togo.

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