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Extrémisme violent : la thérapie pour la région des Savanes

« L’extrémisme est comme un cancer qui doit être combattu à ses débuts avant de devenir incontrôlable et nuire à la société », s’est exclamé lundi 11 novembre 2019,  le président Nigérian Muhammadu Buhari sur son compte Twitter. Au Togo, précisément la région  des Savanes, frontalière au Burkina Faso en proie à l’insécurité grandissante et à des attaques terroristes, le gouvernement togolais et ses partenaires font front pour allier prévention et lutte. La première rencontre formelle consacrée au sujet remonte à mi-juin à l’initiative de l’Ambassade des Etats-Unis. Comment les populations vivent dans un climat de sécurité fragile et font face à une menace d’extrémisme violent dans la région ?  Quels sont les indicateurs à contrôler ? Quelles peuvent être les approches de solutions ? Eléments de réponse.

 Kodzo, la trentaine est un commerçant ambulant au marché de Dapaong. Chaque  mercredi et samedi, il traverse une centaine de Kilomètres pour venir exposer ses  cultures de maïs ou  de mil selon les saisons. Comme lui, Moussa est un habitué de ce marché, sur son vélo, il entasse à l’aide de cordes  les poules, pintades  pour  la vente, et en retour avec  l’argent  faire de ravitaillement.  Ces deux chefs de famille, rencontrés lors de notre visite ont décidé de prendre la route et de laisser leur femme à la maison. Et pour cause, la situation sécuritaire dans la région est inquiétante. A cela s’ajoutent  des conflits inter-communautaires qui débouchent sur des affrontements sanglants, dont le dernier remonte à juin  à Gando, où un vieux litige terrain a coûté la vie à quatre personnes.  Pour l’universitaire Pen Lare , la violence est générée quand il existe un écart entre ce que les individus pensent mériter  et ce qu’ils ont  comme emploi,   salaire ou  niveau de vie. « Ils se versent dans la violence politique, non pas parce qu’ils vivent dans la misère, mais parce qu’ils estiment  être ne  pas à leur juste place, et que leur situation socio économique est injuste », analyse-t-il.

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-L’origine des nombreux conflits  est foncière-

« La question foncière est au cœur de la plupart  des conflits  et  affrontements violents dans la région  des savanes», note le professeur Laré. Les différends entre les populations pastorales et agricoles ne cessent d’augmenter. « Les difficultés de gestion foncière  tiennent à la multiplicité des règles de droit et aux faibles capacités  de gestion du cadastre »,  souligne le professeur, qui constate  des terres gérées de manière inefficace, réparties et distribuées  de façon discriminatoire. Ces difficultés  sont  exacerbées par la croissance démographique, la rareté des terres et leur accaparement par de grandes sociétés minières, par  l’agriculture extensible, ou la  dégradation climatique.

 Les indicateurs à contrôler

 De la préfecture de Tône, à Oti Sud en passant par Kpendal, Kpendjal Ouest ou Oti, ou encore Tandjouaré,  les indicateurs   demeurent identiques : foncier, transhumance, alcoolisme, non respect des lois,  des institutions, chefferie, partage des biens… A cette liste non exhaustive se greffent la pauvreté et l’exclusion.   « Les jeunes rejoignent les  groupes extrémistes  parce  qu’ils s’entendent à un meilleur niveau de vie (…). Quand ils sont frappés par le chômage,  ou  ils décrochent  un emploi précaire, leur frustration est plus grande et les rende plus réceptifs aux  sirènes des réseaux violents de tout genre », commente un acteur de la société civile du milieu.  Pour une  meilleure compréhension de l’extrémisme ajoute un chef de canton, «  il faut prendre en compte la combinaison d’un niveau d’éducation élevé  et le manque  d’opportunités socioéconomiques qui  augmentent  l’écart entre les attentes et  la réalité ». « D’autant qu’ils  sont plus diplômés, ils sont donc exigeants avec  des attentes plus élevées. Ce qui accroît  le risque de leur frustration,  explique l’Universitaire Laré, estimant que leur profil de bien instruit intéresse les groupes terroristes  pour la confection des  bombes, le maniement de  matériels sophistiqués, la logistique, la communication, la guerre médiatique, le management des troupes ».

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Des actions sur le terrain

Pour lutter et prévenir l’extrémisme violent dans la région des savanes, des solutions spécifiques doivent être trouvées à chaque préfecture, recommandent unanimement les acteurs. Des partenaires et  le gouvernement doivent lancer des projets  inclusifs. Dans la préfecture de Kpendjal qui a pour  chef-lieu Mandouri, une ville située à plus de 100 kilomètres du chef lieu de région, Dapaong, les habitants souhaitent la construction  des infrastructures de santé, scolaires ou encore culturelles. « Nos lampadaires solaires  construits par le ministère de l’énergie sont tombés en panne  depuis des mois, mais jamais réparés, se plaint un cadre du milieu ». En période de sécheresse par exemple, les élèves abandonnent les classes pour manque d’eau. « Ils sont obligés de rester à la maison, parce qu’ils ne se sont pas  douchés, surtout les filles témoigne un enseignant joint au téléphone. Cette situation doit amener le gouvernement à multiplier la construction de forages dans la ville ». « Les populations se déplacent à plus de cinq kilomètres pour trouver de l’eau, ce qui crée des fluctuations »,  déplore un officier de police. Et de manière générale, des couloirs  pour la transhumance doivent être respectés,  devant les conflits fonciers, l’approche communautaire  doit être privilégiée pour éviter des problèmes face  à la limite des décisions de justice.

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