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RDC : réforme électorale en vue, la Céni veut abandonner la règle du “plus fort reste”

La Commission électorale nationale indépendante de la République démocratique du Congo propose une refonte majeure du mode de répartition des sièges. Dans un rapport transmis à l’Assemblée nationale, l’institution électorale recommande de mettre fin au système de représentation proportionnelle dit « au plus fort reste », jugé aujourd’hui source de distorsions politiques.

Un système critiqué pour ses effets pervers

Conçu initialement pour favoriser la représentativité des petites formations politiques, le mécanisme du « plus fort reste » consiste à attribuer les sièges en deux temps : d’abord selon un quota de voix, puis en distribuant les sièges restants aux listes ayant le plus de suffrages non utilisés.

Mais dans la pratique, ce système produit des résultats parfois contestés. Il peut notamment permettre à des partis minoritaires d’obtenir autant de sièges que des formations largement majoritaires dans certaines circonscriptions.

Au fil du temps, les grandes formations politiques ont appris à exploiter ces failles, en multipliant des listes parallèles pour capter les voix résiduelles. Résultat : une fragmentation accrue du paysage politique et une Assemblée nationale composée de nombreux micro-groupes, rendant difficile la formation de majorités stables.

Vers un système à la “plus forte moyenne”

Pour corriger ces déséquilibres, la Commission électorale nationale indépendante propose d’adopter un mode de répartition basé sur la « plus forte moyenne ». Contrairement au système actuel, cette méthode favorise les partis ayant obtenu le plus grand nombre de voix.

Ainsi, dans une circonscription à deux sièges, une formation largement majoritaire pourrait remporter l’ensemble des mandats, ce qui renforcerait la cohérence des résultats électoraux avec le vote populaire.

La Céni estime également que la représentation des minorités ne devrait plus dépendre d’un mécanisme mathématique, mais plutôt de la volonté des partis politiques d’intégrer une diversité de profils sur leurs listes, à l’image de certaines pratiques observées en Afrique.

Une réforme politiquement sensible

Techniquement, cette réforme ne nécessite pas de modification constitutionnelle et pourrait être adoptée à la majorité simple au Parlement. Mais ses implications politiques sont importantes : elle avantagerait clairement les grands partis, au détriment des petites formations qui tirent profit du système actuel.

D’autres défis électoraux soulevés

Au-delà du mode de scrutin, le rapport met en lumière plusieurs limites du processus électoral en République démocratique du Congo :

  • Vote de la diaspora : en 2023, seuls les Congolais résidant dans cinq pays ont pu s’inscrire, excluant de nombreux citoyens vivant à l’étranger.
  • Déplacés internes : des millions de personnes affectées par les conflits, notamment dans l’Est, ne disposent pas de cadre clair pour voter.
  • Représentation des femmes : malgré des mesures incitatives, les femmes ne représentent qu’environ 12 % des élus. La Céni dénonce des pratiques de contournement par certains partis.

Une volonté de rendre le scrutin plus crédible

À travers ces propositions, la Commission électorale nationale indépendante ambitionne de renforcer la crédibilité du processus électoral et de garantir une représentation plus fidèle du choix des électeurs.

Le débat est désormais entre les mains des députés, appelés à se prononcer sur une réforme qui pourrait profondément redessiner le paysage politique congolais.

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