Santé

Semaine mondiale de l’allaitement maternel : « Bien qu’il soit naturel, allaiter n’est pas toujours facile » Vera Artemov

À l’occasion de la Semaine mondiale de l’allaitement maternel, célébrée chaque année au début du mois d’août, l’attention se tourne vers un acte aussi fondateur que complexe. Bien plus qu’une simple alimentation, l’allaitement constitue un pilier de la santé de l’enfant et de la mère, tout en restant un défi du quotidien. Décryptage avec Vera Artemova, sage-femme, doula et consultante en allaitement.

Symbole universel de la maternité, l’allaitement permet dès les premiers instants de vie de nouer un lien affectif unique entre la mère et le nouveau-né. Pourtant, ce geste perçu à tort comme un simple réflexe naturel exige souvent une vraie préparation et un accompagnement adapté.

Fatigue post-partum, avis contradictoires, pression sociale et manque d’encadrement médical conduisent encore de nombreuses mères à abandonner l’allaitement plus tôt que prévu.

Un bouclier biologique sur mesure pour l’enfant et la mère

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’allaitement maternel exclusif est vivement recommandé durant les six premiers mois de vie.

« Pour un enfant, le lait maternel est un produit unique, à la composition extrêmement riche et évolutive, créé spécialement pour répondre à ses besoins », explique Vera Artemova, responsable du service des doulas à l’hôpital clinique Lapino (région de Moscou).

Riche en anticorps et nutriments essentiels, le lait maternel s’adapte en permanence à la croissance du nourrisson et le protège contre les infections. À long terme, les enfants allaités présentent un risque réduit d’obésité et développent généralement de meilleures capacités cognitives.

Mais les bénéfices ne s’arrêtent pas là : l’allaitement protège également la santé de la mère. Il stimule la sécrétion d’ocytocine, une hormone favorisant la rétraction de l’utérus après l’accouchement, et constitue un facteur protecteur avéré contre le cancer du sein à long terme.

Se préparer dès la grossesse pour déjouer les difficultés

Si le processus est biologique, sa mise en œuvre pratique peut se heurter à de nombreux obstacles. L’OMS et l’UNICEF soulignent une réalité inquiétante : seuls 15 % des pays intègrent l’alimentation du nourrisson dans la formation initiale des professionnels de santé.

Pour pallier ce manque d’accompagnement, Vera Artemova préconise d’anticiper dès la période de grossesse :

  • S’informer en amont : Acquérir les bases théoriques pendant la grossesse permet de garder confiance et de déjouer les idées reçues au moment de la naissance, une période souvent marquée par l’épuisement émotionnel.

  • Ne pas hésiter à consulter : Demander l’aide d’un professionnel ou d’une consultante ne doit pas être perçu comme un échec. Même les mères expérimentées ont parfois besoin d’un regard extérieur, chaque enfant ayant des besoins différents.

Employeurs et proches : Un rôle décisif dans le parcours de la mère

La réussite de l’allaitement repose enfin sur un soutien collectif indispensable. Au-delà du cadre familial — qui doit s’organiser pour soulager la mère des tâches logistiques et ménagères —, le monde du travail et la société dans son ensemble ont un rôle majeur à jouer.

Pour les femmes qui réintègrent le milieu professionnel, la poursuite de l’allaitement dépend directement des aménagements proposés par les employeurs :

En ce début de mois d’août, le message des experts est clair : allaiter ne doit plus être une charge isolée portée par les seules mères, mais un choix partagé, protégé et soutenu par toute la société.

Lire aussi-L’ONU appelle à lutter davantage contre la promotion du lait maternel industriel

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