
Alors que les débats autour de la création de la monnaie unique ouest-africaine refont surface, l’économiste sénégalais Abdourahmane Sarr réitère sa position. Dans une prise de parole récente, l’ancien cadre du FMI soutient que l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) devrait avancer seule dans le processus d’adoption de l’ECO, sans attendre l’intégration de géants régionaux comme le Nigeria ou le Ghana.
« Adopter le nom ne change rien » sans la fin de la garantie française
Sept ans après ses premières analyses publiées en 2019, le constat de l’expert reste inchangé : changer le nom du Franc CFA en ECO sans revoir les mécanismes fondamentaux du système monétaire est une réforme insuffisante.
« Adopter le nom ne change rien puisque la parité reste fixe et garantie par la France, le principal problème », martèle Abdourahmane Sarr.
Pour le spécialiste des questions monétaires, le véritable enjeu réside dans la souveraineté financière et la flexibilisation du taux de change. Selon lui, le bloc UEMOA constitue un « souverain virtuel » homogène avec des fondamentaux macroéconomiques suffisamment solides pour franchir le pas.
Les conditions d’une souveraineté monétaire assumée
Pour se passer définitivement de la garantie de convertibilité accordée par le Trésor français, Abdourahmane Sarr préconise la mise en place d’un modèle structuré reposant sur :
Une Banque Centrale pleinement indépendante vis-à-vis des tutelles extérieures.
Une autonomie d’objectif sur la politique de taux de change.
Un collège de gouverneurs capable de piloter une monnaie plus flexible.
Dans cette configuration, les États membres de l’UEMOA pourraient gérer leur politique monétaire en fonction des réalités économiques de la zone, même en l’absence d’une convergence parfaite sur l’ensemble des indicateurs.
Pourquoi exclure temporairement le Nigeria et le Ghana ?
S’agissant des autres pays de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’économiste appelle à un pragmatisme structurel. Les deux poids lourds de la région — le Nigeria et le Ghana — présentent des volatilités macroéconomiques (dette, inflation, réserves de change, déficits) qui risqueraient de déstabiliser la monnaie unique.
Selon Abdourahmane Sarr, ces géants anglophones ne devraient pas s’opposer à ce que l’UEMOA adopte l’ECO en premier lieu :
Préserver les fondamentaux : L’intégration immédiate d’économies aux déséquilibres importants altérerait la stabilité du « souverain virtuel » de l’UEMOA.
Permettre la transition : Un démarrage par l’UEMOA faciliterait la fin de la garantie française et la transition vers une monnaie flexible.
Accueillir les petits pays : L’union pourrait intégrer progressivement d’autres économies de taille modeste de la région sans compromettre son équilibre.
Alors que l’agenda monétaire régional stagne face aux divergences d’objectifs entre pays anglophones et francophones, cette analyse relance le débat sur une démarche progressive pour l’aboutissement de l’ECO.









