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Sénégal : Entre « Fëtël » et « Nguurma », la leçon de Touba sur le pouvoir

Au lendemain du lancement du nouveau parti présidentiel et à l’occasion de la visite du Chef de l’État à Touba en prélude au Grand Magal, le porte-parole du Khalife général des Mourides a livré une allocution d’une rare portée symbolique. En appelant à bannir le « fëtël » au profit de la « nguurma », le dignitaire religieux a suscité une vive méditation sur l’éthique de la gouvernance et le rôle des partis politiques dans nos démocraties modernes.

Du péril partisan à la nécessité de l’organisation

Cette mise en garde fait écho aux travaux de la philosophe Simone Weil dans sa célèbre Note sur la suppression générale des partis politiques. L’auteure y soutenait que les formations politiques finissent inévitablement par prioriser leurs intérêts propres au détriment de la vérité et du bien commun, altérant ainsi la liberté de jugement de leurs militants.

Toutefois, la réalité démocratique exige de dépasser la conclusion radicale d’une abolition des partis :

  • Des instruments de conquête indispensables : Les idées les plus nobles ne transforment pas la société par elles-mêmes. Elles nécessitent d’être portées, structurées et défendues au sein d’organisations politiques.

  • La souveraineté comme méthode : Comme le rappelle le consensus émergent au sein du leadership national, « la souveraineté ne se décrète pas, elle s’organise et se construit méthodiquement ». Elle exige vision, persévérance et méthode.

Où commence le « fëtël » ?

Si le parti politique demeure indispensable pour conquérir le pouvoir et proposer un projet de société, son rôle doit radicalement muter une fois la victoire électorale acquise.

Qu’un Président élu gouverne selon ses convictions et applique le programme validé par les urnes est la définition même de la démocratie. Le « fëtël » apparaît précisément lorsque :

  1. Le favoritisme et le clientélisme prennent le pas sur les compétences.

  2. Les intérêts de l’appareil partisan supplantent l’intérêt supérieur de la Nation.

  3. Les citoyens font l’objet d’un traitement différencié selon leur appartenance politique.

La « Nguurma » : La noblesse d’État comme boussole

C’est ici que réside toute la profondeur du message délivré à Touba. L’appel du porte-parole n’invite pas au renoncement politique, mais exige la « nguurma » — c’est-à-dire l’élévation, la hauteur d’État et l’équité dans l’exercice du pouvoir.

Dans un paysage politique désormais polarisé autour de grands blocs issus d’une même dynamique électorale, la tentation partisane est grande. Face à ce risque, la prédiction de Simone Weil conserve toute sa pertinence : la liberté de jugement doit demeurer une exigence absolue pour ceux qui dirigent comme pour ceux qui éclairent l’opinion.

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À l’heure où les grands choix d’orientation font l’objet d’un relatif consensus, le débat démocratique se déplace naturellement vers le leadership : la crédibilité, le caractère, la relation de confiance avec le peuple et le charisme des hommes et des femmes appelés à incarner la nguurma.

À propos de l’Auteur

Abdourahmane SARR (@RahmaneSARR) est Président du CEFDEL (Centre d’Études pour le Financement du Développement Local). Ancien ministre de l’Économie et ancien économiste du FMI, il est titulaire d’un PhD en Économie de la George Washington University, d’un MPA de Harvard (Administration Publique) et d’un BBA de HEC-Montréal.

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